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Le seul parlementaire UMP à soutenir la «flottille de la liberté»

Monde 06/06/2011 à 19h13 (mise à jour le 07/06/2011 à 12h49)

Flottille de la liberté: «Si je n'étais pas parlementaire, je monterais à bord»

INTERVIEW

Le député Etienne Pinte est le seul parlementaire UMP à soutenir la «flottille de la liberté» qui doit apporter du matériel humanitaire à Gaza.

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Recueilli par Quentin Girard

Etienne Pinte en 2007 à l'Assemblée nationale.

Etienne Pinte en 2007 à l'Assemblée nationale.

Après le drame de mai 2010, une nouvelle «flottille de la liberté» pour Gaza va se diriger fin juin vers le territoire sous embargo. Les objectifs sont une nouvelle fois de briser le blocus pour apporter de l'aide humanitaire et de faire «respecter le droit international».

Un bateau français devrait cette fois-ci prendre part à l'opération en partant de Marseille le 18 juin. De nombreuses personnalités et plusieurs politiques soutiennent l'opération dont le député UMP Etienne Pinte. Il explique cette position iconoclaste dans son parti.

Pourquoi soutenez-vous «la flottille de la liberté» pour Gaza?

Depuis plusieurs années, je me suis investi en faveur de l'indépendance de la Palestine et de la bande de Gaza mais aussi dans l'aide humanitaire. Je soutiens notamment une équipe de médecins qui est dirigée par le Dr Oberlin qui chaque année apporte du matériel médical là-bas. Depuis trois ou quatre ans, ils ont beaucoup de difficultés pour obtenir les autorisations nécessaires pour entrer dans Gaza. Ils vont faire partie d'une autre opération humanitaire prochaine qui, elle, prendra l'avion en passant par Tel Aviv. Mais les objectifs sont sensiblement les mêmes que l'opération par bateau. Il était évident du coup que je soutienne les deux.

Pensez-vous embarquer à bord du bateau français?

Avoir des parlementaires sur le bateau donnerait forcément plus de poids médiatique. Mais une collègue socialiste m'a fait une remarque qui m'a fait réfléchir. Si on se réfère à la précédente opération, tous les participants ont été interdits pendant dix ans de territoire israélien et donc de Palestine. Je ne peux pas imaginer de ne pas pouvoir y aller pendant une décennie, du coup je ne peux pas prendre le risque. Si je n'étais pas parlementaire, je monterais à bord.

La dernière fois l'opération «flottille de la liberté» s'est terminée avec neuf morts. N'avez-vous pas peur que le même drame se reproduise?

J'ai l'impression qu'il y aura plus de bateaux et de personnes que la dernière fois, cela peut changer la donne. Après, il y a un fort risque que les Israéliens réagissent violemment étant donné la manière dont ils canardé les militants pacifistes palestiniens sur le plateau du Golan dimanche. C'est inimaginable qu'ils en soient arrivés à tirer à balles rélles, ils ont utilisé les méthodes syriennes.

Pour la flottille de la liberté, le tout est de savoir qu'elle sera l'attitude du gouvernement américain, puisqu'il devrait y avoir normalement un bateau américain. Les Français auront également un rôle important. Ils viennent de proposer une conférence de paix entre Israël et la Palestine à Paris.

Après l'annonce de votre soutien à la flottille, plusieurs députés ont estimé que c'était votre position personnelle et pas celle de l'UMP. Vous ne vous sentez pas un peu seul au sein de la majorité avec vos positions?

Sur un certain nombre de sujets, je suis effectivement un peu seul. Je trouve d'ailleurs que ce n'est pas normal. Il y a un groupe d'amitié France-Palestine à l'Assemblée, or aucun autre député n'a pu venir l'autre jour à la conférence sur «Un bateau français pour Gaza». A quoi sert alors un groupe d'amitié?

Je reviens de Tunisie où un séminaire sur les nouvelles perspectives économiques était organisé. Là encore, je me suis retrouvé seul à Djerba alors que de nombreux députés étaient conviés.

D'où vient cette frilosité?

Il y a quelques explications. La première est que les Français ne se sont jamais passionnés pour la diplomatie. Nous avons certainement des insuffisances de ce côté-là. Cela du coup se traduit chez les élus. Surtout en ce moment, où ils ont la tête dans le guidon. Entre la crise économique et la crise agricole, le quotidien occulte ce qui se passe à l'extérieur.

Après, si par exemple l'ONU reconnaissait l'Etat palestinien à l'automne, je serais sans doute moins seul. Ils ont besoin de signes qui rassurent. Quand j'interviens sur l'immigration, le logement social ou le RSA, les propositions que je fais ne sont pas toujours politiquement correctes, et on vient souvent me voir en me disant, «heureusement que tu es là», «on n'en pense pas moins».

Peut-être ont-ils peur de ne pas être compris dans leurs circonscriptions, car ce sont souvent des sujets démagogiques et populistes. Certains sont aussi peut-être inquiets de ne pas obtenir l'investiture l'année prochaine s'ils prennent position.

Mais pourquoi finalement restez-vous à l'UMP?

Je ne déserterai jamais ma famille politique. Je ne ferai jamais comme Eric Besson. Il faut que toutes les voix puissent s'exprimer à l'intérieur de la majorité.



11/06/2011
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